K-Paradox, twittfiction de laboratoire


KaneHX

K-Paradox est la dernière twittfiction orchestrée par ce génie de Jeff Balek.

Nous étions 14 patients à nous faire injecter des nanobots au cours d’une expérience organisée par la Kane HX Foundation. Pendant trois jours,  nous avons partagé nos impressions.

Voici les miennes, celles du patient numéro 4.

JOUR 1

Ce matin, Mary Wonder, trop belle pour être honnête, m’explique comment ça va se passer.

Selon elle, on est des happy few, on a de la chance de participer à l’expérience.

Il ne lui viendrait pas à l’esprit qu’on s’en branle et qu’on fait ça seulement pour le fric.

Sous son sourire de façade, je décèle une pointe d’angoisse, au coin de la prunelle.

Injection du liquide noir. Un tel produit peut-il être réellement inoffensif ?

Recèle-t-il vraiment ces bijoux de nanotechnologie tant vantés ? Si oui, que font-ils ? Qui les contrôle ?

Je n’y ai rien vu qu’une sorte de bouillasse ressemblant à une nappe de pétrole.

Marée noire dont les effets sur mon organisme sont encore inconnus.

Après le déjeuner passablement appétissant, léger malaise. À force de fixer l’écran, vertige.

Je perds toute notion d’espace. Le haut, le bas, tout valse.

L’infirmier chauve met du temps avant d’arriver à la rescousse. Rien à signaler selon lui.

La chaleur est étouffante dans cette pièce, en fait, c’est pire qu’une prison, silence de plomb.

Pourtant, y en a bien d’autres, des rats de labo comme moi. Je les ai croisés aux repas.

Pas un seul à inspirer confiance. Le repli sur soi-même semble être la meilleure option.

Ce face à face avec moi-même ne m’enchante guère. Peur que ça finisse encore plus mal que les autres fois.

Je crois que je vais m’endormir d’ennui. Ou alors somnifères intrégrés dans les nanobots ?

S’il y en a qui lisent encore ces lignes, bonne nuit.

J’espère que vos cauchemars seront plus doux que les miens.

Avant de fermer les yeux, je me dis qu’il est bien étrange que la chambre adjacente porte le numéro 13.

JOUR 2

Sept heures. Je me sens fourmiller de toutes parts. Je regarde mon bras et j’y vois…

des centaines de petites boules qui vont et viennent sans arrêt, roulent sous ma peau, mouvement perpétuel.

Réveil. Je scrute mon corps sous toutes les coutures. Rien à signaler.

Un mal fou à me concentrer. Même pour écrire ces quelques bribes. Ici, tout est vide.

La chambre, les regards que je croise… Ça me donne le vertige.

J’ai tellement galéré à me débarrasser de son souvenir. Voilà qu’il ressurgit.

Son regard délavé, devenu transparent au moment de se figer pour l’éternité.

Revenu pour me hanter. Je sais que j’aurais pas dû le laisser seul, mais qui aurait pu imaginer ça ?

Se ruiner la santé à coup de substances plus nocives les unes que les autres, passe encore.

Mais s’en prendre à sa propre vie ! Point final irrévocable. Sans un mot. Juste le néant.

Chaque jour qui a suivi, j’ai lutté pour trouver une bonne raison d’être encore là, moi.

Moi, et pas lui.

Ne plus y penser. Tourner son esprit vers le positif, le beau… La beauté fascinante de son regard.

Longtemps oscillé. C’était soit un acte héroïque, soit une connerie complètement minable.

L’obsession revient, impossible de m’en détourner.

Je sais pas ce qu’ils foutent ces nanobots, mais hors de question que ça foute en l’air mes 5 ans d’analyse.

Soudain, je les sens. Les petites boules, elles s’activent encore. Tour de mon imagination ? Réalité ?

J’ai l’impression qu’ici, mes pensées prennent corps. Envie de m’échapper.

J’émerge péniblement d’un black-out total. Combien de temps suis-je restée sans connaissance ?

Devant mes yeux, la chambre danse dans le flou, vagues de couleurs se diluant les unes dans les autres.

Au bout de quelques minutes, je discerne un visage. Une femme.

Elle m’observe depuis la porte de ma cellule. Ses yeux hallucinés et injectés de sang lancent des éclairs.

C’est Mary Wonder, mais on dirait qu’elle a morflé depuis hier. Disparu le sourire rassurant.

Son regard féroce est rivé sur moi. Sa bouche semble articuler une suite de sons gutturaux répétés.

Incantation murmurée qui me transperce de part en part. La chaleur de la pièce est insoutenable.

Je vois des flammes jaillir de mon abdomen. Mais qu’est-elle en train de me faire ?

Et ces insupportables boules qui roulent toujours sous ma peau.

Elles criblent mon corps de points incandescents. Dans un élan désespéré, je souffle dessus. Je m’époumone.

Rien à faire.

Quand je lève les yeux, la diablesse a disparu. Je suffoque. Cette expérience aura ma peau.

JOUR 3

Mes paupières sont collées. Depuis combien de temps suis-je enfermée ici ? Une éternité à mes yeux.

Je ne me souviens avoir vu personne aujourd’hui. Hagarde, j’interromps subitement mon train de pensée.

Un grondement titanesque se fait entendre. Les lumières vacillent et puis plus rien. Noir. Glauque.

Je perçois quelques cris d’effroi dans les pièces adjacentes. Certains de ces sons n’ont rien d’humain.

Un vacarme tonitruant envahit le labo. J’entends une vague démesurée qui déferle sur nous sans merci.

L’eau arrive en un jet puissant qui envoie tout valser. Tables, lits, toilettes. Et les corps, en pièces détachées.

Le courant est d’une puissance indescriptible, au-delà de tout ce que l’on pouvait redouter.

En l’espace d’une minute à peine, je suis trempée, submergée, noyée. Inutile de lutter.

Ces flots nous engloutissent comme si une force supérieure voulait faire disparaître cette expérience contre nature.

Qu’ont-ils fait de nous ? Malgré ma noyade, mon esprit est en ébullition. Je suis encore là. Comment ? Pourquoi ?

Quelles créatures Rob Kane a-t-il ainsi engendrées ? Quel sort nous réserve-t-il ?

Les réponses tarderont, si elles arrivent un jour, j’en ai bien peur.

Je profite de ce qui pourrait être mes derniers instants de conscience pour saluer mes proches et amis.

Tout est perdu, mais ne vous en faites pas. Une nouvelle ère surgira et nous nous retrouverons.

Découvrez celles des autres patients là.

J’essaie de tenir la liste à jour mais faites-moi signe s’il y a des oublis.

Patient numéro 2 aka Dzahell

Patient numéro 5 aka 16ames

Patient numéro 6 aka Lilian PCB

Patient numéro 9 aka Yoonsky

Patient numéro 13 aka HX Lemonnier

Patient numéro 14 aka Albafica

Découvrez le projet dans son intégralité à cet endroit.

Bonnes lectures !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s